M.I.A. est venue s’ajouter récemment à une longue liste de personnalités, majeur dressé face à l’assemblée, à l’origine d’une polémique médiatique. Mais que signifie ce geste et pourquoi est-il considéré comme grossier?

La mi-temps du sacro-saint Super Bowl américain, rendez-vous annuel de l’Amérique, est généralement le théâtre d’un show demesuré: Michael Jackson, les Rolling Stones, Paul McCartney, U2, Madonna, tous se sont succédé dans l’arène de toutes les attentions pour offrir à la nation le plus grand spectacle de l’année. Or, on ne se comporte pas devant 112 millions d’Américains comme on peut le faire devant un public voué à sa cause. M.I.A. l’a appris à ces dépens lors de la dernière édition, brandissant un majeur bien malvenu devant les caméras et l’Amérique puritaine tout entière. Si la vulgarité de ce geste semble aujourd’hui évidente, le doigt d’honneur ne date pas d’hier…

Grèce antique et symbole phallique
Le philosophe Diogène avait déjà coutume de l’utiliser à Athènes au IVe siècle avant Jésus-Christ lorsqu’il voulait afficher son désaccord. Selon les historiens de l’époque, le philosophe marginal, qui se plaisait à dormir dans un tonneau, avait régulièrement recours au geste pour condamner les affabulateurs et autres démagogues présumés se livrant à l’art oratoire dans les rues d’Athènes. « Le doigt d’honneur est sans doute la plus ancienne manifestation connue de l’insulte », confie en effet l’anthopologue Desmond Morris, relayé par la BBC. « Le majeur symbolise le pénis et les doigts regroupés autour les testicules. Ce geste présente un symbole phallique à l’adversaire: une manifestation primitive de la contestation, en somme », affirme l’anthropologue.

Civilisation romaine
Chez les Romains, le majeur dressé portait le nom de Digitus impudicus, soit le doigt « effronté », « indécent » ou « injurieux ». Le poète latin attribue régulièrement ce geste à l’un de ses personnages qui, heureux de jouir d’une santé irréprochable, adresse un doigt d’honneur à trois médecins.

L’historien latin Tacite décrit l’habitude des Germains, adeptes du geste à l’encontre des envahisseurs romains lors de leurs combats réguliers, racontre Thomas Conley, professeur émérite à l’université de l’Illinois.

Obscénités animales
Selon certains, le geste serait bien plus ancien que la civilisation grecque et aurait des origines animales. Certains singes sud-africains ont en effet l’habitude de présenter leur sexe dressé en signe de mécontentement, selon les anthropologues.

Variations culturelles
Selon Desmond Morris, la première vague migratoire italienne aurait importé la pratique sur le sol américain. La première manifestation répertoriée de l’insulte remonte quant à elle à 1886 des oeuvres d’un joueur de baseball de Boston à l’encontre des rivaux de New York.

Selon cet entretien relayé par la BBC, chaque culture aurait développé sa propre version du geste. Ainsi, les Français ont popularisé le bras d’honneur et les Anglais le « V » inversé (paume tournée vers soi). Par ce geste, ces derniers menaçaient en réalité de couper aux archers ennemis capturés les deux doigts nécessaires pour tendre la corde de l’arc.

Sens actuel
« Aujourd’hui, le symbole phallique a un peu perdu de son obscénité », confie Ira Robbins, professeur de droit à l’université de Washington. « Bien ancré dans notre vie quotidienne, le sens du doigt d’honneur s’est démultiplié et peut signifier tant de choses: colère, excitation, désaccord… mais il n’a plus rien de lubrique », ajoute-t-il. (afo)

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