L’ère du pseudonyme
De plus en plus de gens décident de changer de nom en Grande-Bretagne. Si à l’époque, les patronymes inconvenants encourageaient la démarche, aujourd’hui, en revanche, on change de nom pour des motifs bien plus futiles…
Deux catégories de personnes ont pendant longtemps monopolisé les couloirs de l’administration: les célébrités et les… malchanceux. Une façon pour les seconds, aux noms malsonnants, insolites, obscènes ou ridicules, d’échapper aux ricanements, aux moqueries, voire aux persécutions. Un besoin vital, en somme. Il n’en va pas de même dans l’industrie du spectacle où les motivations relèvent souvent d’une quête de prestige ou d’une simple adaptation aux lois du marché: Reginald Kenneth Dwight (Elton John), Marion Robert Morrison (John Wayne) ou Eleanor Nancy Gow (Elle Macpherson) auraient-ils pu prétendre à la même carrière sans procéder à ce changement de cap identitaire? Qui sait… Aujourd’hui, toutefois, l’iniatitive est à la portée de tous, comme le révèle une enquête de BBC News Magazine.
En 2011, la Grande-Bretagne a enregistré le nombre record de 58.000 nouvelles identités, soit 4.000 de plus par rapport à l’année précédente… mais dix fois plus qu’il y a dix ans. La plupart s’inspire évidemment de noms de célébrités et les exemples ne manquent pas. Ces dernières années, le pays a effet « accueilli » 15 nouveaux « Wayne Rooney », 5 « Amy Winehouse » et 30 « Michael Jackson ». D’autres, en revanche, optent pour des appellations plus communes, voire banales: 300 « John Smith » de plus s’affichent désormais dans l’annuaire britannique. Ce qui a le mérite de prouver que l’on change aussi de nom pour s’amuser, ajoute le magazine. Une autre « technique » en vogue consiste à créer un « nom-valise ». Ainsi, Michael PUgh et Rebecca GriFFIN sont-ils devenus M. et Mme PUffin…
« Troquer son nom contre celui d’une célébrité n’est pas très intelligent et le risque d’être rapidement lassé par les plaisanteries de son entourage va grandissant… Mais pour les personnes qui souhaitent, à un moment donné de leur existence, vivre une autre vie et rompre avec leur passé, ce changement d’identité peut symboliser une délivrance », affirme Julia Cresswell, auteure et spécialiste de la question.
La procédure administrative est toutefois beaucoup plus simple en Grande-Bretagne que chez nous. Il suffit en effet au citoyen britannique de débourser 33 livres sterling (39 euros) et le changement peut s’effectuer en ligne. Cette facilité a d’ailleurs suscité quelques polémiques, d’aucuns pointant du doigt les risques d’usurpation d’identité ou de fraudes.
Autre particularité du système administratif britannique: en l’absence d’une réelle carte d’identité, une personne ne possèdant ni passeport ni permis de conduire n’a en effet que son extrait de naissance pour s’identifier… (A.F.)
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