Des funérailles offertes aux donneurs d’organes
En Grande-Bretagne, pour faire face à la pénurie d’organe, un organisme indépendant propose comme solution de payer l’enterrement de ceux qui ont fait don de leurs organes, mais une telle proposition pose de sérieux problèmes d’éthique.
Dans un rapport présenté mardi, un organisme britannique indépendant de bioéthique, le Nuffield Council on Bioethic, a proposé une solution étonnante pour remédier à la pénurie d’organes dont souffre actuellement la Grande-Bretagne. Après dix mois de travail, le collège d’experts qui s’est penché sur ce problème grave a suggéré au système de santé public du Royaume-Uni, le National Health Service (NHS), de financer les enterrements des donneurs d’organes.
Pour Marilyn Strathern, qui a dirigé les recherches, « en évitant aux proches de devoir assumer le prix de l’enterrement, on pourrait encourager plus de personnes à se déclarer comme donneur d’organes (…) Nous pensons que cela vaut la peine d’essayer afin d’évaluer la réaction du public ». Dans une interview accordée au journal britannique The Guardian, la chercheuse estime que cette mesure serait un moyen pour la société d’exprimer sa reconnaissance au donneur tout en contournant l’interdiction de la rémunération du don d’organe. Le Nuffield Council on Bioethics a également recommandé de limiter le financement des funérailles aux personnes dont les organes peuvent effectivement être utilisés soit pour des greffes, soit pour la recherche médicale.
Une pratique contraire à l’éthique
A peine rendue publique, cette proposition s’est aussitôt vue critiquée et en premier lieu par la section du National Health Service chargée des dons de sang et d’organes. En effet, dans un communiqué elle n’a pas manqué de rappeler que le don d’organe repose uniquement sur l’altruisme et qu’il ne peut en aucun cas être rémunéré. C’est pour ces raisons que cette solution, proposée en France dès 1994, avait été rejetée.
Comme elle l’a déclaré ce mercredi l’Agence française de bioéthique ne compte pas réexaminer cette option des funérailles gratuites, qu’elle juge contraire à l’éthique : « Mettre en place ce type d’avantage financier est de nature à altérer la qualité du consentement de personnes ayant de faibles revenus et soucieuses de ne pas être une charge pour leur famille ». En Grande-Bretagne trois personnes meurent chaque jour faute de n’avoir pas pu bénéficier de greffes d’organes, aussi, même si cette option prête à controverse, le National Health Service ne l’a pas encore rejetée et compte l’examiner.
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